N77: Eveil

MANUSCRIT N°77
Récits et aventures d'un confiné
Adulte

EVEIL

Confinée nuit et jour comme jour et nuit, condamnée à voir défiler les jours, les heures, les minutes, les secondes. Quel étrange sentiment, quelle sensation singulière que d’être prisonnière d’une enceinte qui se devait de n’être que chaleureuse. Oiseau au plumage chatoyant privé de sa liberté. Séparé de Zéphyr, des cieux bleutés, des plaines verdoyantes que par quelques barreaux minutieusement dessinés dans de précieux métaux. Avachie près de la fenêtre, je regarde défiler badauds et esprits mornes de ceux qui se voient restreints à quelques pas au dehors pour seule réjouissance. Confinées, confinés, regardez autour de vous, cette situation est bien loin d’être anodine.
Désagréable, détestable même pour certains, elle nous demande un effort considérable: nous adapter à ce nouveau mode de vie. Ne vivons-nous pas des temps extraordinaires ? Qui dépassent toutes les productions des esprits les plus fertiles. Je vous le demande, je nous le demande, à nous peuple confiné, regardez autour de vous. Que voyez-vous? Voilà une nouvelle facette de la vie qui se dénude et se dévoile à nos prunelles éteintes, vidées de tout espoir. Ne ressentez-vous point ce nouveau flux inconnu et si revigorant, parcourir la moindre parcelle de votre organisme? À nous rêveurs nostalgiques et mélancoliques, le temps nous est donné pour observer, ressentir davantage de tout notre soûl, les merveilles qui s’offrent à nous. Car c’est confinée que je redécouvre ce qui m’entoure. Que je peux lestement observer la nature qui s’éveille de son si long et profond sommeil. Pousser ses premiers soupirs après tant de restrictions. Voire croître et envahir par le lierre et autres plantes grimpantes, les pierres refroidies de nos maisons par cet hiver qui n’en finissait point. La voilà mon expérience si singulière mais qui m’est si précieuse et formidable. Poètes et amoureux transis des lettres, exprimez votre art, transmettez-nous votre âme. Vous qui vous voyez tout à coup touchés d’un regain d’inspiration quand la brise printanière fut venue. Mettons-nous à nos plumes, laissons nous guider par ce zèle littéraire, par ce parfum suave qui s’empare de nos êtres, qui nous enivre nous confinés. Temps exceptionnels qui libèrent nos âmes quand ils emprisonnent nos corps. Laissez vos pensées s’envoler, transmettez-les sur papier. Rallumez les flammes indomptables qui sommeillent en vos seins. Étrangement, le confinement a rallumé les miennes.

- Juliette Fichet

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